LIVRES OUVERTS

Ouvrir un livre c'est s'ouvrir à un monde construit de toutes les identités universelles.

05 mai 2010

NOÉ ET AUTRES TEXTES - ROGER CAILLOIS

NO__ET_AUTRES_TEXTESBienvenue dans le monde de la philosophie fantastique !

C'est en lisant, il y a quelque temps, un billet sur le blog de MAZEL et l'opportunité de participer au challenge à 2 € de CYNTHIA, que l'envie m'a prise de découvrir cet auteur dont je n'avais, mais jamais, entendu parler.

J'ai toujours été assez fascinée par l'histoire de Noé (voir l'adaptation qu'en a faite Jacques-Rémy GIRERD avec "LA PROPHÉTIE DES GRENOUILLES"), histoire dont personne ne sait d'ailleurs si elle n'est qu'une légende ou bien si, le déluge de cette époque lointaine ne fut pas en réalité un énorme tsunami.

Me voilà donc toute disposée à découvrir une nouvelle version de ce mythe !

Noé, au début du texte de Roger Caillois, répond aux poncifs auxquels on nous a habitués : c'est un saint homme que Dieu chargea de sauver l'humanité en conservant un couple de chaque espèce animale, avant de déclencher l'immensité de son courroux sur l'univers dépravé. Il prend d'ailleurs sa tâche très au sérieux, construisant méthodiquement son arche. Objet de la risée de tous, qui le prennent pour un fou, il reste impassible devant les quolibets, utilisant même la représentation qu'il donne de lui pour détourner certains matériaux indispensables à l'édification de son bâtiment.

Pourtant, et "ça" on ne nous l'a jamais dit, Noé pense, Noé réfléchit : pourquoi donc est-il l'élu ? qu'a-t-il fait pour cela ? qui et combien seront ces animaux qu'il devra sauver de la colère sans limite de Dieu ? Noé ne connaît que les quelques espèces qui peuplent son environnement. Comment sera-t-il certain de n'en oublier aucun ? Quelles dimensions à donner à son édifice pour que tout le monde y trouve place ? Comment nourrir et abreuver cette smala qu'il pressent gigantesque ? Comment faire cohabiter tous les membres de cette assemblée, sans que les lois naturelles des prédateurs ne viennent y installer la discorde ?

Mais, miraculeusement - n'est-ce pas la main de Dieu qui a initié cette aventure ? - les questions de Noé trouvent réponses. Toutes, sauf une ! "Pourquoi est-il l'élu ?"

Et pendant que vogue l'arche au gré des tempêtes, cette interrogation va tarauder Noé. Elle devient encore plus rémanente, lorsque le héros voit, de derrière son hublot, une mère, son fils juché sur les épaules, sombrer dans les remous. Elle devient plus insidieuse lorsque Noé s'aperçoit que les poissons, tous les poissons, eux ont eu la vie sauve... Alors Noé décide qu'il n'a pas mérité le sort que Dieu lui a réservé et tombe dans la déchéance...

♥♥♥♥♥

Noé n'est pas le seul à être repensé par Roger Caillois. Quatre autres nouvelles toutes aussi métaphysiques les unes que les autres suivent ce texte :

- Mémoire interlope
- Récit du délogé
- L'ultime bibliophilie
- Cent ouvrages pour une bibliothèque idéale

C'est "mémoire interlope" que j'ai le moins aimé... Le "récit du délogé" qui lui fait suite est une petite merveille. On y retrouve la passion de Caillois pour le minéral ; il nous entraîne inéluctablement vers l'idée de notre fin, qui, tous comptes faits, n'est qu'un retour aux sources.

Quant aux deux derniers textes, ils m'ont amenée à réfléchir sur ma condition de lectrice et c'est, pour le moins, assez stupéfiant ! Je vous livre quelques unes des pensées de l'auteur, dans l'ultime bibliophilie :

"Être bibliophile, qu'est-ce sinon préférer l'objet-livre à la qualité du texte qu'il enferme ?"

"Tout usage du livre est menace d'outrage."

"Au premier abord, j'aperçois bien le scandale qu'il existe des livres imprimés expressément pour ne pas être lus et des hommes qui les acquièrent avec l'intention délibérée de ne pas les lire."

"Plus d'un art a noué entre la littérature et la bibliophilie des connivences indissolubles."

"Un amateur de fruits de mer, qui se délecte d'huîtres, de palourdes, d'ormeaux, peut très bien rester indifférent aux splendeurs des spires, des cônes, des épines [...]. Inversement, un collectionneur de conques peut détester les crustacés tout comme un bibliophile demeurer indifférent, même pas la détester, à l'œuvre dont il conserve soigneusement dans sa bibliothèque une édition qu'on lui envie."

Cent ouvrages pour une bibliothèque idéale est l'œuvre d'une réflexion sur une enquête de Raymond Queneau. "La portée d'une liste de cette sorte est nécessairement limitée, affirme Roger Caillois. [...] Car ce sont bien de menus accidents qui font chérir un livre plutôt qu'un autre. Souvent ils le rendent presque indispensable pour des raisons qui ne dépendent pas seulement ou d'abord de sa valeur. [...] D'autre part, il est assuré qu'un homme ne ressent pas toute sa vie le même attrait pour la même sorte d'ouvrages [...] De sorte que chacun est amené à mêler aux ouvrages, qu'il retient pour le plaisir ou pour le profit personnel qu'il en a retiré, des œuvres qu'il connaît seulement de réputation et qu'il n'aurait peut-être pas indiquées, mieux instruit [...] Quelle étrange besogne que d'extraire cent livres de la littérature universelle ! Je désirai montrer qu'elle est impossible à mener à bien, quelques scrupules qu'on y apporte."

Je partage tout à fait cet avis ! Et vous ?

Un tout petit livre qui a tout l'air d'un grand que j'inscris dans le challenge

CHALLENGE_2_EUROS


 

Retour à l'accueil

Rendez-vous sur Hellocoton !
Posté par tinusia à 10:06 - Qu'en pensez-vous ? [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire